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Van Gogh , ça vous nique la tête.

Bien qu'injustement qualifié de téléramesque par une nébuleuse de critiques pseudo-libertaires, creux et conformistes qui refusent opiniâtrement de reconnaître le génie du quotidien et l' absurde du réel au profit d'un imaginaire de supérette à la Star Wars ( that the force be with you, Champion à fond la forme, Narta bienfaits et santé jour après jour...),le second film d'Arnaud Desplechin "Comment je me suis disputé ...(ma vie sexuelle)" a atteint ,sans nul doute, les cimes du septième art. S'y retrouveront tous ceux qui croient encore contre toutes les pesanteurs que les choses de l'esprit, de la chair et des sentiments sont les seules à valoir le coup. On en sort avec la certitude d'avoir enfin rencontré le peintre de nos démons les plus secrets, grand cinéaste qui a su créer un univers où fusionnent avec une douce et délicieuse ironie le cérébral et le charnel.

Desplechin centre avec bonheur son récit sur les personnages, il traque les visages dans leurs mouvements les plus imprévus, attrape leurs stigmates en gros plans. A l'antipode du manichéisme et du discours lucasien, succédané de militarisme et de bêtise, il parvient à extorquer la vérité à ses personnages et à ses décors à l'aide d'une réalisation soignée qui a su éliminer le fard et le prévisible (voir Lucas à la page L des nanars du cinéma). Les acteurs sont époustouflants, confondants de justesse, d'intelligence et de finesse. L'ironie tendre de Mathieu Almaric, le charme d'Emmanuelle Devos et les petits seins en poire de Marianne Denicourt redorent le blason de toute une profession, malheureusement souillée par les prestations affligeantes d'un Luke "qui marche sur le ciel" ou d'une princesse Leia, aussi pitoyable que clitoridienne mal assumée, et reaganienne de surcroît. J'ai l'impression de me répéter, non?

Desplechin a également su fournir une bande-son très travaillée qui sache jouer avec les silences afin de renforcer le climat d'intimité sans être toutefois trop pesante. Le film vibre au son de Heaven is 10 zillion light years away, OP de Charles Mingus ou de sonates a violino solo, e basso per il cembalo de Vivaldi , agrémentés de ronflements ou de bruits d'aspirateurs. C'est une oeuvre d'art totale qui se regarde, se lit ,s'écoute, se respire.. En voici quelques dialogues:


SCENE 25: Ivan se remémore une scène et la raconte à son frère Paul: 
sa fiancée d'une nuit sort de la salle de bain en culotte. Ivan la regarde.
Puis elle est devant un miroir, elle se regarde avec orgueil et elle danse 
sur un air d'Earth Wind and Fire. Ivan est sidéré par sa joie. 
Ivan: Je regardais cette fille, et je pensais que ça, elle en culotte, qui 
dansait, c'était l'image la plus exacte de l'Esprit Saint. Tu te souviens ?
Les petites flammes de la Pentecôte. Après Pâques. (Paul son frère ne se 
souvient pas). En mai, c'est la Pentecôte, tu te souviens de rien ! Le 
Christ s'en va, il monte au ciel, et au-dessus de la tête des Apôtres-ils 
sont à table-il y a des petites flammes qui dansent. Et c'est le troisième
temps de Dieu, c' est l'absence de Dieu mais qui maintenant est une joie.
Et j'aimais tellement voir cette flamme en elle.

SCENE 26: Paul et Ivan concluent... 
Paul: Eh bien revoie-la. T'es pas obligé de te convertir pour autant.
Tu revois cette fille et tu la sautes, et c' est vachement bien.
Tu sautes la Pentecôte, c'est déjà pas mal ! 
Ivan: Moi, j'aime surtout son humanité. 
Paul: Quoi son "humanité" ?! Eh, c'est tout à ton honneur, mais moi 
j'appelle ça un cul ! 
Ivan: Ca c'est accessoire. C'est vrai que c'est son cul-et le reste aussi-
qui me donne accès à l'incarnation. Mais tu vois, quand le Christ s'en est 
allé, on est encore plus plein de sa présence par l'Esprit. Parce que la 
chair est rachetée. Alors: je pleure tout le temps mais je ne suis pas 
triste. Je me suis rendu compte que l'Esprit Saint, c'est ça qui donne un 
sens à ma vie. 
Paul: Ouais, t'étais content de coucher avec cette fille quoi! 
Ivan: Non pas seulement. Je me rends compte que c'est l'humanité que j'aime.
Toi, tu es tout le temps amoureux tu es laÀ3Àc. 

SCENE 27: Pascale: T'es con ou quoi, ce con veut devenir prêtre. 
Ivan: Ouais et alors? 
Pascale: Mais t'es taré ou quoi? 
Ivan: Quand j'étais communiste, déjà ça n'allait pas, alors ça ne va jamais 
ce que je fais! Euh, je ne vais pas me justifier, de toute façon, ce n'est
jamais bien. 
Pascale: Mais justement taré! 
Paul: C'est vrai , Ivan: quand on est normal , on ne fait pas une chose et
 son contraire; on fait l'une ou l'autre. 
Ivan: Et la dialectique ? 
Pascale: Pauvre con. 
Paul: Tu sais que si tu es prêtre tu n'auras plus jamais le droit de... 
Ivan: Attends, il faut relativiser. Dieu ne va pas non plus descendre du 
ciel parce que je tire un coup. Ca va, c'est aussi une religion de pardon 
quand même. Avec la crise des vocations, excuse -moi, c'est déjà pas mal si 
je fais un mauvais prêtre. Faut pas non plus... Je ne sais pas ,c'est une 
religion vivante quoi ! Je suis un pécheur, je n'ai pas dit le contraire, 
je ne suis pas Calvin. 



SCENE 35: Bob et Paul déambulent dans les couloirs d'un supermarché. 
Pendant qu'ils remplissent leur panier de courses , Bob raconte sa dernière 
conquête. 
Paul: Et t'as couché avec cette fille alors? 
Bob: Ouais, ouais ...On rigole pas des masses. 
Paul: Bon , ben raconte! 
Bob: Oh, tu sais pas grand chose à raconter , pas très brillant. 
Paul: Elle est quelle genre ? 
Bob (il fait la moue ,il ne sait pas):... 
Paul: C'est une fausse belle ? 
Bob: Non, ça ça va. 
Paul (s'excusant): J'avais un peu peur que... tu vois, qu'elle ait
 un cul un peu genre Sylvie, en fait. 
Bob: Non. Ah non! Non, ça va. 
Paul: Genre Patricia?! 
Bob: Non!!! Non, faut pas rêver, tu rigoles ! Non , mais ça va. 
Paul: Bon. 
Bob: ...Moi je crois qu'elle est dingue. Elle est un peu genre "pied" aussi.
Tu vois, quand elle est au -dessus, elle est sur les pieds, pas sur les 
genoux. 
Paul: Ah oui. Bob: Elle se la joue quoi. 
Paul: Bah, c'est peut-être sympa, "pied". C'est généreux, c'est touchant, 
et puis ça change. 
Bob: Sur le principe, oui, mais elle est vachement genre "pied" en fait, 
pour être clair. 
Paul: Ah, mais tu sais, "genoux", à force aussi c'est un peu flippant. Genre 
catéchisme. 
Bob: Ah, non, c'est "pied" qui fait catéchisme. 
Paul: Oui mais "genoux"-à force hein-ça fait "chrétien de gauche", tu sais 
"à l'aise dans mon corps de femme". 
Bob (il concède) : Oui un peu. Mais "pied", c'est quand même "folle de son 
corps", "je te veux toute", tout ça... 
Paul: Mm, c'est un peu dégueulasse. 
Les deux garçons terminent ce plan aux caisses où ils vident leur chariot 
sur le tapis roulant... 
Bob: Ah oui! Elle fait pas de bruit. 
Paul:(dubitatif)... 
Bob: Tu vois pas beaucoup de bruit mais des trucs bizarres. 
Paul: Genre? 
Bob: Elle tremble et... 
Paul: Ah, flippant. 
Bob: Et aussi des trucs comme ça... Malgré les sacs, il bouge les bras loin 
de son corps d'une manière saugrenue. Ils rigolent tous les deux. 
Paul: Et toi? 
Bob: Ben moi normal. Tu vois une fille avec un stérilet, qui ne fait pas de 
bruit, genre "pied", je l' ai sautée pendant deux heures. 
Paul: Elle était contente? 
Bob: Ben non. Elle voyait que je durais parce que je m'emmerdais comme un 
rat !... Elle fume pas. 
Paul (pour le coup accablé): Putain, c'est dur, ça rigole pas. 
Bob: Ben oui. Tu comprends maintenant... 
Paul (pantois): Mais qu'est-ce qu'elle a ?! 
Bob: Elle est chiante quoi ! Tu sais : il y a un truc bizarre aussi. 
Paul: Quoi? 
Bob: Bon ben... T'as pas le droit de l'embrasser. Enfin, excuse-moi la 
crudité.. 
Paul: Je t'en prie...
Bob: ...genre: quand tu lui bouffes la chatte, tu te fais engueuler. Genre: 
"faut pas abuser". 
Paul (soufflé): Ah oui, c'est grave ça... Là, tu ne peux plus rien faire. Ah
ouais ! Et le derrière, c'est interdit ? 
Bob: Ah non, ça, t'y penses même pas ! 
Paul: Remarque, à un moment, vaut mieux. Comme ça tu peux trier les 
problèmes. 
Bob: Ca fait pas rêver quoi ! Les femmes d'aujourd'hui elles tuent le rêve.
   
                                   

PINGOUIN



Je rentre acheter Télérama au sommaire.

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